Édito, janvier 2019

De samedi en samedi, les Gilets jaunes continuent de faire parler d’eux et leurs manifestations sont accompagnées de façon récurrente de violences. On peut aussi constater un réel décalage entre les revendications du 17 novembre et celles d’aujourd’hui.


Le 17 novembre, nombre d’entre nous comprenaient ce mouvement. Il était né de l’exaspération des campagnes de payer toujours plus pour aller travailler, tout en ayant toujours moins de services publics...

... mais aujourd’hui, on assiste à une guerre d’egos, relayée par les chaînes d’infos en continu où les gilets jaunes candidats, pas candidats, libres, modérés portent chacun une parole individuelle. Tout et son contraire s’y succède, parfois sortant de la même bouche. Et pendant ce temps-là, la colère se libère, souvent accompagnée de bêtise. Cela donne lieu à des insultes envers les élus, les journalistes, les Gilets jaunes qui parlent, ceux qui se taisent ; à des tentatives d’incendie chez tel ou tel élu. Bref, tout est soudain à jeter ; personne n’a plus le droit représentatif sauf ces nervis qui, là, veulent bien qu’il y ait un chef si c’est eux !


Tout cela est assez pitoyable. Mais cela a donné lieu, chez les autres, chez ceux du 17 novembre ou ceux qui les ont écoutés, l’envie de débattre. Ce débat, scientifiquement parlant, si on veut parler d’une analyse de la parole, c’est du grand n’importe quoi... mais cela crée des espaces de parole où les français reprennent pied dans un domaine qui leur est cher, même s’ils l'avaient pour beaucoup laissé tomber : la politique.


Ce débat n’a pas de valeur scientifique car :

- Toutes les paroles se valent : celle de l’expert ou du pilier de comptoir, celle du médecin ou du lecteur du dictionnaire médical, celle du spécialiste comme celle du "beau parleur" incompétent ;

- Toutes les organisations se valent : les débats organisés par les Maires rarement politisés comme ceux organisés par des parlementaires, ceux organisés par les députés En Marche comme ceux organisés par la France Insoumise, les débats organisés par de simples citoyens et ceux gérés par des personnes se faisant passer pour des badauds alors qu'elles sont politisées à l'extrême ;

- Toutes les remontées se valent, tous les comptes-rendus, sans savoir si ceux-ci sont tronqués ou au contraire agrémentés selon celui qui les fait remonter ; la parole d’un seul sur le site du Grand débat vaut le compte-rendu d’une réunion regroupant des centaines de personnes.


Tout se vaut donc et va donner un grand magma dont le premier ministre s’enorgueillit qu’il sera accessible à tous. Mais que ferions-nous de tant de données auxquelles aucune pondération ne vient accorder une valeur juste ? Quand la source n’est pas fiable, indépendamment du fait que personne n’a les moyens d’analyser autant de données en si peu de temps, le résultat n’a de toute façon aucune valeur.


La seule valeur de ce Grand débat, ce n’est pas le résultat, mais le débat en lui-même ! Le fait que l’on sorte de chez soi pour rencontrer son voisin plus ou moins proche pour échanger et tenter de refaire le monde... et rien que pour cela, ce grand débat vaut le coup !


Je salue l’AMF 89 et l’AMRY de l’avoir organisé partout dans le département. Je salue tous ces maires et ces citoyens qui ont saisi l’opportunité de prendre la parole, de se libérer du « De toute façon, ça ne servira à rien ! » et ont osé. Osé dire ce qu’ils pensaient, osé dire ce qu’ils voulaient... osé reprendre la main ! Bravo et merci à tous de cet élan qui, je l’espère, montrera le chemin des urnes trop souvent abandonné... et pas seulement pour voter, mais aussi pour se présenter. Car comment mieux changer notre monde qu’en participant activement à son évolution en tant qu’élu. Vos élus ne vous représentent pas assez ? Allez-y, faites valoir vos idées, faites-vous élire et changez ce qui ne vous convient pas !


Figurez-vous que c’était ma démarche quand je suis entrée en politique, il y a 11 ans et je rêve encore de changer le monde, car non, il ne me convient pas. Moi non plus, je ne supporte pas que les ruraux soient des citoyens de seconde zone, moi non plus, je ne supporte pas qu’on ne puisse se faire soigner par manque de médecins. Moi non plus je ne supporte pas que l’Etat fasse faire des économies aux collectivités locales sans s’appliquer le même régime de rigueur, qu’il impose des politiques aux départements sans donner de compensations, tout en lui demandant de faire des économies. Moi non plus, je n’admets pas que 25% des jeunes pris en charge par l’Aide Sociale à l’Enfance soient SDF après 18 ans, qu’il y ait encore des hommes qui se croient fort en tapant leur femme alors que c’est une preuve de faiblesse... non, ce monde n’est pas parfait et nous devons encore travailler à le faire évoluer dans le respect des femmes, des hommes et des enfants qui composent notre pays.


Mais non, notre pays n’est pas non plus le monde injuste que l’on nous présente. Les aides sociales d’un côté et les impôts de l’autre réduisent fortement l’écart entre les classes aisées et les plus pauvres. Mais oui, il est important que chacun participe - Non à l’évasion fiscale, non à la fraude documentaire - et que l’on ait une vraie différence entre les revenus du travail et ceux des aides sociales... là aussi, il nous reste à retravailler notre modèle.


Je continuerai donc, pour ma part, à participer à la politique en ce qu’elle est le seul moyen de parler, de jauger et de faire évoluer notre société et ses modalités du vivre ensemble et je vous invite tous ainsi que vos proches à en faire de même, car c’est à chacun de nous de participer et de réaliser, cette évolution.

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